Il paraît qu’à Montbazin, petit village paumé à l’ouest de Montpellier (Hérault), les habitants ont la main verte et la fibre écologiste. Une réputation que ne viennent pas démentir les Amouroux. En 2006, ce couple de retraités a acheté ici, au bord des vignes, une ruine qu’ils ont entièrement retapée, en accord avec leurs valeurs. Chauffée par une pompe à chaleur, leur maison est isolée avec du liège et de la fibre de bois, leurs combles avec de la ouate de cellulose. L’eau de leur puits est traitée par UV et leurs eaux usées sont assainies par phyto-épuration (filtration par des végétaux).

Mais l’installation dont ils sont le plus fiers, c’est sans conteste les 60 m2de panneaux photovoltaïques plantés derrière la maison, dans leur jardin, le tout piloté par une solution COMWATT. Des panneaux recyclables, cela va sans dire. «On a d’abord été tentés par l’éolien, mais les solutions qui nous ont été proposées à l’époque étaient peu satisfaisantes, raconte Hélène, 66 ans. En revanche, on a vite été convaincus par Grégory Lamotte, le fondateur de Comwatt, un vrai militant, qui venait de monter sa boîte dans le photovoltaïque. En 2014, il nous a installé un système complet qui permet de gérer notre production et notre autoconsommation

Depuis, ils ont tout appris sur les panneaux solaires et jonglent dans le bonheur avec les kilowatts/heure. «Nous ne pouvons pas stocker l’énergie que nous produisons. L’idée, c’est donc de la consommer au maximum en temps réel, lorsque les panneaux produisent. Plus on consomme cette énergie, et plus on économise, explique Paul, 69 ans. Lorsque nous ne pouvons pas tout consommer, nous vendons le surplus de cette électricité à EDF. C’est surtout vrai l’été, lorsque notre installation photovoltaïque produit un maximum. Et quand nos panneaux ne produisent pas, par exemple la nuit, nous achetons si besoin de l’électricité à EDF, comme n’importe qui.»

 

Facture divisée par deux

Paul et Hélène n’ont jamais regretté leur choix, au contraire. Avec une pointe d’affection, ils évoquent leur «énergie potagère» «On consomme l’électricité produite dans notre jardin ! C’est comme pour les légumes, un vrai circuit court. On peut même savoir à chaque minute combien les panneaux produisent…» Et aux arguments écologiques s’ajoutent les performances économiques. Paul a tout chiffré, compté, évalué. Pour lui, pas de doute : les 25 000 euros placés dans cette installation photovoltaïque ont été bien investis. D’autant que deux foyers en bénéficient (le sien et celui de sa fille, qui vit dans une maison adjacente), soit six personnes en tout. «En 2013, avant l’installation des panneaux solaires, la facture EDF pour nos deux foyers s’élevait à 2 128 euros, dit-il. En 2016, comme en 2017, elle a été divisée par deux, soit une facture annuelle d’environ 1 000 euros. Mais il faut déduire de cette somme l’énergie que nous avons vendue à EDF, soit un peu plus de 600 euros. Au final, l’électricité nous coûte donc environ 400 euros par an, soit 200 euros par foyer.»

Paul avait calculé que l’amortissement de son investissement se ferait sur quatorze ans et demi. Mais son estimation devra être réévaluée car les Amouroux ont acheté une Zoé. Rechargée à domicile, cette voiture électrique est devenue le poste de consommation électrique le plus important des deux foyers. «Sans Zoé, nos économies seraient donc bien supérieures», résume Paul. Mais sur le carburant, le gain est énorme : «Un plein de Zoé nous coûte 3 euros, pour 120 kilomètres…»

 

Démarches pédagogiques

Le couple est joueur et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : il a calculé que des économies seraient encore possibles en coordonnant les consommations en électricité des deux maisons. «Chacune est en effet dotée d’un boîtier relié aux panneaux solaires. Ces box permettent de mettre en marche, ou en veille, tous les appareils électriques de nos maisons, en fonction de notre production d’énergie», explique Hélène. Illustration sur l’ordinateur du couple : un programme fait apparaître tous les appareils électroménagers du foyer, avec des plages horaires enregistrées. Chaque utilisation – veille ou marche – est ainsi décidée en fonction du modèle le plus économique, afin de consommer au maximum l’énergie produite sur place. Une programmation pas trop prise de tête ? Le couple rigole : «Tout programmer prend environ un quart d’heure. Il faut juste le vouloir, et réfléchir à l’utilisation qu’on fait de chaque appareil.»

Pour les Amouroux, ces démarches sont aussi pédagogiques : «Elles nous font prendre conscience de ce qu’on consomme.» Derrière le couple, le sapin rescapé de Noël scintille encore. Mais sans guirlandes lumineuses. Evidemment.

Sarah Finger Envoyée spéciale à Montbazin (Hérault)